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Le langage des fleurs et des choses muettes - Nagore Amenabarro & Kolet Goyhenetche - du 24 mai au 09 juin 2018

Le langage des fleurs et des choses muettes

Dates : du 24 mai au 09 juin 2018
vernissage le 24 mai à 18h30

Lieu : Galerie du 2e étage - Cité des Arts
école Supérieure d’Art Pays Basque
3 avenue Jean Darrigrand
64100 BAYONNE

Renseignements : 05 59 59 48 41
contact@esa-paysbasque.fr

Entrée libre

Je vais là où il est impossible d’aller,
vers des non-lieux,
en suspens, impalpables,
comme l’ombre, comme le vent.
J’aime me laisser surprendre par les caprices
de la foudre,
mimer les gestes de l’air,
dessiner l’empreinte du ciel,
échapper au contrôle,
pour se fier au hasard.
Animée par le désir de comprendre,
j’aime essayer de voir dans les fragments,
des passages, des correspondances…
Dialoguer avec un soi oublié,
se rencontrer, puis, s’effacer.
Dans cette eau trouble, la quête reste inassouvie.
Je suis la pierre, levée,
je suis l’arbre, dressé,
Je suis la terre, devenue poussière.
Aller vers Nagore,
se correspondre,
concilier nos démarches artistiques.
Elle incarne la fragile conscience des choses,
la surface, le reflet, l’illusion qui suscite le désir…
Tout est prétexte à peinture.
Le réel nous échappe : elle le capture,
même lointain, elle le rend accessible.
Avec élègance, évidence, elle multiplie les expériences,
Pour conjuguer les opposés.
Aller l’une vers l’autre, dialoguer,
Notre rencontre est autre, nouvelle,
Comme la création d’un tiers.

Kolet Goyhenetche

« Le langage des fleurs et des choses muettes »

Plus qu’une rencontre entre deux artistes et collègues, cette exposition est le reflet d’un dialogue, d’une conversation picturale ou plastique entre deux œuvres qui se font échos à travers de subtiles correspondances. Puissance et discrétion, présence et absence, couleur palpable, tour à tour transparente ou palpitante, la plupart de ces images nous offrent une expérience sensuelle et méditative ainsi qu’un profond sentiment de trouble.
Dans la série de dessins et aquarelles « Les caprices de la foudre », Kolet réunit des fragments d’images hétérogènes pour susciter des interactions entre elles. Par la technique du « Cut up », en morcelant le réel, elle tente d’échapper au contrôle de la raison pour laisser place au hasard, à l’absurde ou à la dérision. Ainsi agencés, les fragments se télescopent et suscitent la narration mais
n’imposent cependant pas de lecture unique. Cours d’eaux, arbres et forêts, paysages évanescents nés de taches informes, figures du songe et de la méditation, silhouettes évidées ou voilées, corps dénudés ou prostrés… Dans ces confrontations étranges, l’hybridation plastique convoque notre imaginaire pour créer des correspondances sémantiques entre l’homme et la nature.
L’idée du morcellement, de la fragmentation se retrouve magnifiée dans le triptyque « After Wei Wei » où Kolet parodie le geste emphatique de l’artiste chinois en associant la figure de l’homme à celle des vases brisés. La brisure des vases séfirotiques, la céramique antique et l’art traditionnel chinois, la fêlure de la mémoire confrontée aux fragments de l’histoire …Des Égyptiens à Picasso, c’est toute l’histoire de l’art qui s’échappe de ces vases brisés comme une invite de l’artiste à se libérer de ses références et du passé.
Toujours en fragments, la figure féminine s’invite en motif central ou en filigrane dans la série « Ophélia… » où l’on peut reconnaitre l’héroïne romantique flottant au milieu d’un lac d’images fantasmées. Un corps flottant, mais aussi une barque, celle de Charon qui conduit les âmes vers les Champs Elysées et nous invite au voyage vers l’au-delà. Tout est en suspens dans ces eaux bordées de végétation où l’imaginaire navigue entre les architectures translucides et côtoie des crânes, motifs suprêmes des Vanités, des scarabées et Bouddhas et quelques figures primitives … une vision, un songe, où le sommeil létal confine avec l’idée de mort apaisée.
Puisant ses sources dans les natures mortes du XVIè siècle, la série des « Nourritures terrestres » met en scène des denrées diverses avec gibier suspendu. La composition, le cadrage, la facture inachevée et les accords violents de couleurs primaires nous offrent un regard incisif sur ce motif et interroge notre propre rapport à la nourriture et plus particulièrement au vivant.

De la même manière, la fragmentation et le télescopage d’images parsèment l’oeuvre de Nagore.
Qu’il s’agisse de peinture, de sculpture, de collage ou de photographie, son oeuvre protéiforme interroge directement la notion de matérialité. Au centre de son travail, la texture, la matière, la peau des choses, la nature et l’apparence des surfaces…autant d’éléments qui constituent le point de rencontre physique de chacun d’entre nous avec le monde. Ses photographies et peintures jouent avec l’illusion et interrogent subtilement les notions d’écart et de ressemblance avec le réel. Au-delà de la matière, le matériau et ses qualités plastiques : ainsi, l’iridescence et la réflexion de la lumière sur les surfaces nacrées ou réfléchissantes devient un sujet de photographie et un prétexte de recherches de formes picturales plus ou moins figuratives. Du microcosme au macrocosme, l’objet vu en gros plan métonymique, devient alors une sorte d’amulette et acquiert une nouvelle dimension à la fois monumentale et sacrée.
Le fragment et la matière, la lumière et le reflet, le changement d’échelle qui transforme l’objet en fétiche et permet toutes les superpositions ou associations plastiques. Au-delà de la simple représentation mimétique, l’oeuvre de Nagore nous révèle la dimension poétique de l’objet et suscite d’autant plus notre imaginaire.

A la fois hétérogène et cohérent, l’ensemble des oeuvres exposées constitue un travail sensible et lyrique fait de petits bout d’images, de couleurs et de matières, « en un certain ordre assemblées » qui, tout en côtoyant parfois l’abstraction, acquiert un sens plastique par la distance, le rapprochement ou la combinaison. Car, derrière cette exposition, il s’agit d’une véritable échange artistique qui unit les univers de Kolet et Nagore.

Tel un jeu surréaliste entre les deux artistes, une image envoyée par l’une à l’autre déclenche une réponse artistique chez sa destinataire. Ce procédé, par ricochet, fait naitre une nouvelle image hybride. Chacune se nourrit ainsi d’un morceau de l’oeuvre de l’autre pour créer à son tour quelque chose d’équivalent. Duo ou duel, parfois peintures et photographies se complètent et s’opposent dans une confrontation riche de sens que la scénographie de l’exposition contribue à renforcer. Ainsi, une forme pyramidale dans une photo de Nagore inspire un nez dans un visage méditatif chez Kolet. De la même manière, par ce jeu d’interactions, Nagore isole les yeux dorés d’un visage crée par Kolet pour leur associer la photo d’une peau de serpent aux écailles jaunes, et c’est l’équivalence formelle révélée par ces « ocelles » mouvantes, qui autorise ensuite de multiples associations sémantiques.

Deux œuvres, deux regards , à première vue assez différents mais pourtant si proches dès lors qu’un dialogue plastique fécond se crée et que l’on comprend le lien qui les unit : l’intérêt pour le fragment, le morcellement, le papier comme palimpseste soumis à une réécriture perpétuelle, la peinture comme prétexte, la lumière , la matière comme sujet, une approche kafkaïenne
du corps humain qui suscite l’imaginaire ...Deux œuvres où les êtres et les objets se forment, se déforment et se reforment sans cesse dans un rythme vital qui renvoie inlassablement à celui de l’homme en symbiose avec la nature.

M.L. Larraburu

Le langage des fleurs et des choses muettes

Dates : du 24 mai au 09 juin 2018
vernissage le 24 mai à 18h30

Lieu : Galerie du 2e étage - Cité des Arts
école Supérieure d’Art Pays Basque
3 avenue Jean Darrigrand
64100 BAYONNE

Renseignements : 05 59 59 48 41
contact@esa-paysbasque.fr

Entrée libre